Quatre sprinteurs jamaïquains, dont deux partenaires d'Usain Bolt, sanctionnés pour dopage
LE MONDE | 16.09.09 |Abonnez-vous au Monde
La saison est terminée pour "l'Eclair". Pour ses six semaines
de repos, Usain Bolt, 23 ans, triple champion du monde et olympique (100 mètres,
200 m et 4 × 100 m), ne rêve que de sa "maison" en Jamaïque et de profiter de
ses "jeux vidéo".
Mais chez les sprinters, il y a ceux qui rient et ceux qui pleurent. Quatre
coureurs jamaïquains ont reconnu s'être dopés. Ils ont été sanctionnés, lundi
14 septembre, par l'agence antidopage jamaïquaine (Jadco).
En juin dernier, pendant les championnats nationaux, à Kingston, cinq athlètes avaient été contrôlés positifs à un stimulant, une méthylxanthine. Ils ont été dans un premier temps blanchis par la commission disciplinaire de la Jadco, laquelle estimait que la substance utilisée ne faisait pas partie de la liste des produits interdits par l'Agence mondiale antidopage (AMA). Ces coureurs pensaient même participer aux Mondiaux d'athlétisme de Berlin, en août.
Cette agence a toutefois décidé de faire appel de sa propre décision, plaidant que la structure d'une méthylxanthine était identique à celle du tuaminoheptane, un stimulant figurant sur la liste noire de l'AMA. Ainsi, Yohan Blake, Marvin Anderson, Lansford Spence et Allodin Fothergill - qui avaient tous plaidé coupable - ont été suspendus trois mois par la commission d'appel antidopage. Ils risquaient deux années d'interdiction de course. Une cinquième athlète contrôlée positive, Sheri Ann Brooks, avait vu son contrôle invalidé par la commission d'appel, son échantillon B ayant été testé sans qu'elle ait été au courant.
Yohan Blake et Marvin Anderson sont les partenaires d'entraînement d'Usain Bolt, et Blake, 19 ans, est aussi son dauphin annoncé : il court le 100 mètres en 9"93. Le directeur général de la commission antidopage jamaïquaine, Patrice Charles-Freeman, a estimé que "la commission d'appel avait compris l'affaire, et que sa décision était juste". Les avocats des coureurs craignent d'autres sanctions pouvant émaner de l'AMA ou de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF).
L'or, mais aussi les soupçons
Cette affaire ternit l'image d'une domination du sprint mondial par la Jamaïque. Les hommes comme les femmes accumulent l'or, mais aussi les soupçons.
L'agence jamaïquaine de lutte contre le dopage existe depuis
plus de deux ans, et dispose d'un budget de 650 000 euros. Des responsables
assurent que des tests inopinés sont effectués sur l'île depuis plus de quatre
ans. Victor Conte, l'Américain à l'origine du scandale Balco - du nom du laboratoire
inventeur de la THG, un stéroïde de synthèse longtemps indétectable dont l'usage
s'était répandu chez les sportifs - avait exhorté Richard Pound, le patron de
l'AMA, en décembre 2007, à ordonner durant la trêve des compétitions (d'octobre
à janvier) des contrôles inopinés à la Jamaïque.
Y a-t-il désormais une attention particulière portée aux athlètes jamaïquains ? "Ce que dit Conte ne compte pas pour moi, avait déclaré Lamine Diack, le président de l'IAAF (Le Monde du 24 août). Les athlètes sont contrôlés dix à vingt fois dans l'année."
Mustapha Kessous