LE MONDE | 10.08.02 | 11h27

La question du dopage est au cœur des conversations à Munich

Des athlètes n'hésitent pas à exprimer leur doute

Munich (Allemagne) de notre envoyée spéciale

L'enjeu des titres, médailles et autres records exacerbe les tensions entre athlètes, à Munich, et certains profitent de la tribune médiatique que constituent les championnats d'Europe pour régler leurs comptes ou faire valoir leur point de vue sur le thème du dopage.

Vainqueur du 800 m féminin des championnats d'Europe, jeudi 8 août, la Slovène Jolanda Ceplak a ainsi réclamé des excuses à Kelly Homes, par l'entremise du quotidien londonien The Evening Standard, pour l'avoir implicitement accusée de dopage. La britannique, âgée de 31 ans et médaillée de bronze du 800 m, comme aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, avait refusé de serrer la main de Ceplak sur le podium avant de bouder la conférence de presse des médaillées. Sur BBC Television, elle a ainsi analysé sa course de jeudi : "Il n'y avait pas moyen de la rattraper, tirez-en vos propres conclusions. Je sais que je l'ai fait proprement."

La médaillée d'argent du 800 m est l'Espagnole Mayte Martinez. Holmes, qui n'a pas réussi vendredi matin à se qualifier pour la finale du 1 500 m, a refusé de présenter ses excuses à Ceplak, arguant qu'elle n'avait "prononcé aucun nom et que chacun en tirait des conclusions hâtives". "Il y a tant de choses à dire sur le sport et le dopage ces temps-ci, a-t-elle ajouté. Moi, je me suis contentée de dire que j'étais fière d'avoir réalisé ça [sa performance] proprement." Jolanda Ceplak (26 ans) s'est défendue : "C'était le fruit de mon travail. Je me suis entraînée dur pendant quinze ans." Les deux femmes sont représentées par le même agent, Robert Wagner, qui dit ne pas en croire ses oreilles et a mis ces propos sur le compte de la tension nerveuse.

Vendredi après-midi, c'était au tour du Français Benoît Zwierchlewski, dit "Z", vainqueur du marathon de Paris en 2 h 8 min 18 s, de commenter certaines performances, avant son entrée en lice, dimanche 11 août. "Les chronos parlent, a-t-il déclaré. Quand on voit des gens finir un 10 000 m aussi vite que des coureurs de 1 500 m... J'ai d'ailleurs dit à Paula Radcliffe qu'elle avait fini son marathon plus vite que moi mon marathon de Paris. Elle a fait son dernier mile en 5 min 5 s..."

RUBAN ROUGE

La Britannique, fraîchement sacrée championne et recordwoman d'Europe du 10 000 m, en 30 min 1 s 09, avait réussi, en avril, pour son premier marathon, à Londres, la 2e meilleure performance mondiale de tous les temps, en 2 h 18 min 56 s. Elle est l'une des plus impliquées dans la lutte antidopage, qu'elle symbolise en portant un insigne rouge accroché à son maillot. Cela n'impressionne pas Benoît "Z": "Le ruban rouge, ça me fait rire (...). Comme les super- chronos amènent la suspicion, il faudrait qu'on adhère à un système contrôlant nos paramètres biologiques toutes les 2 à 3 semaines : une sorte de label. Mais il faut voir à quoi on s'attaque commercialement. Il y a eu une vague commerciale sur le marathon quand Khalid Khannouchi a battu des types comme Paul Tergat et démontré que le marathon est une spécialité à part entière. Se dire que tous les records sont réalisés par des gens dopés, c'est triste, mais on en est presque là. Quand Mohammed Mouhrit s'est fait choper [le Belge recordman d'Europe du 3 000 m, 5 000 m et 10 000 m a été contrôlé positif à l'EPO et à un diurétique, le 23 mai], j'étais content, j'ai dit : aux championnats d'Europe, ils [les athlètes dopés] vont se calmer. J'ai mal à la tête d'en parler parce qu'après tu n'as plus envie de courir. Le seul truc valable, c'est le contrôle inopiné ou l'adhésion à un système de label [déjà suggéré par Stéphane Diagana]. C'est dans ce sens qu'il faut avancer."

P. Jo

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.08.02