Journal Le Télégramme de Brest du 2 août 2002
Jean-Marie Leblanc a dressé hier un portrait idyllique du Tour 2002.
Mais la réalité colle-t-elle vraiment à son discours optimiste ?
Prenez une cuillerée de « Tout va pour le mieux dans le meilleur
des mondes », ajoutez-lui une pincée de « Tout le monde il est beau, tout le
monde il est gentil » et vous avez une idée de la sauce à laquelle Jean-Marie
Leblanc a accommodé le Tour 2002, lors du traditionnel point-presse de la
veille de l'arrivée.
Le Nordiste a tenu un langage de directeur général du Tour mais l'ancien
coureur et l'ancien journaliste qui sommeillent en lui n'ont pas dû totalement
adhérer au discours. Il lui sera beaucoup pardonné car il a peint ce Tour comme
il aimerait qu'il soit et pas tout à fait comme il est.
Harmonisation
On pense surtout aux problèmes de dopage. Leblanc a insisté, avec la légèreté
d'une enclume, sur « l'ambiance rassérénée, sereine, de ce Tour qui n'était
plus le terrain de la suspicion et où on ne vivait plus avec la crainte des
contrôles positifs ».
D'un revers de main, il a aussi transformé l'affaire Igor de Galdeano en «
polémique vite éteinte car il s'agit d'un problème concernant les autorités
médicales. C'est une querelle d'experts. Espérons d'ailleurs que l'AMA (Agence
mondiale antidopage) parviendra très vite à une harmonisation de règlements qui
s'imposeront à tous les sports, toutes les fédérations, tous les gouvernements
».
Sur ce dernier point, on partage son impatience car, en ce moment, on y perd son
latin et le sport sa crédibilité.
Désagréable
impression
Au fait, quelle crédibilité accorder à ce Tour qui s'achève aujourd'hui ?
Disons qu'on l'a trouvé « bizarre ». C'est d'ailleurs le terme employé par
Willy Voet, venu suivre, en début de semaine, une étape en catimini dans la
voiture de confrères belges.
Comme l'ancien soigneur de Festina, on a quelques difficultés à comprendre que
des gars à la rue tous les jours, ou presque, connaissent soudain un jour faste
qui leur permet d'occuper le haut du pavé.
Mais nos soupçons ne concernent que quelques individualités. L'état de fatigue
de l'ensemble du peloton tendrait en revanche à prouver qu'il sont nombreux à
carburer à l'eau claire.
Cela dit, on avait la désagréable impression que rien de fâcheux ne pouvait
arriver à ce Tour. Pas de descente de police par exemple, à la différence du
Tour d'Italie où elles sont si fructueuses...
Mais arrêtons le mauvais esprit. L'annonce, pendant le Tour, des suspensions de
personnages aussi prestigieux qu'Ullrich ou Garzelli ne doit pas ébranler notre
confiance en un cyclisme propre. Oui, oui, ma bonne dame, ils se sont dopés,
mais à l'étranger. Ce n'est pas chez nous qu'on verrait des choses pareilles.
Vous avez dit bizarre ?
J. L. G.