Des cylindrées surhumaines
Une
étude met en évidence le rendement stupéfiant des champions.
David
Moncoutié, coureur de Cofidis, est professionnel depuis six ans. Excellent
grimpeur, il rêve de remporter une étape dans le Tour 2002. Il n'a toutefois
aucune chance de gagner l'épreuve, même si elle affiche des sommets décisifs pour
le palmarès. «Parce qu'au bout de quelques heures sur la selle, lui, il
fatigue» raconte Antoine Vayer, professeur de sport, ancien entraîneur de
Festina, témoin au procès de l'affaire. Il est coauteur, avec Frédéric
Portoleau, ingénieur, de l'ouvrage le plus nouveau sur le vélo, Pouvez-vous
gagner le Tour ? (1). Car Moncoutié, qui préface l'ouvrage, est un champion
normal. Ce n'est pas le cas de tous les maillots jaunes qui ont fait la légende
du Tour depuis dix ans. Les auteurs ont en effet passé à la moulinette tous les
records de montagne et de contre-la-montre des dernières éditions. En mettant
en évidence la notion de puissance du coureur, un mixte de vitesse et de force,
exprimée en watts. L'avantage du concept est qu'il permet de comparer l'incomparable,
les performances de Pantani à la Madeleine en 1995, celles antérieures
d'Indurain, ou celles, plus récentes, du triple vainqueur Lance Armstrong. Il
permet aussi d'étalonner n'importe quel amateur en comparant sa performance.
Le
mystère Indurain. L'amoureux du vélo, qui ne goûte guère d'habitude les diatribes
antidopage, tombera sur les fesses. Car il se rendra compte qu'un Miguel
Indurain, lesté de 100 kg sur le porte-bagage, l'aurait laissé sur place dans
la montée de la Plagne en 1995, alors qu'il pédalait à 10 km/h sur une pente de
10 % de moyenne pendant une demi-heure. Un bel effort pourtant pour un amateur
bien entraîné. Miguel Indurain reste le plus grand mystère du Tour car, pour la
première fois, les spectateurs ébahis ont vu arriver en tête, en haut des cols,
un costaud de 80 kg, une morphologie qui interdit de prétendre gagner un seul
Tour. Il en gagnera cinq. A la Plagne en 1995, il «emmène» une puissance de 512
watts de moyenne pendant plus de trois-quarts d'heure, un effort surhumain compte
tenu de la corpulence de l'Espagnol.
20% en
cinq ans. Cette puissance a pris l'ascenseur au début des années 90,
époque qui voit l'EPO apparaître dans le peloton, puis se généraliser. La
puissance moyenne des vainqueurs du Tour passe ainsi de 370 watts à 445 watts
entre 1991 et 1995. Un bond de 20 % ! Elle se stabilise ensuite sur un palier
de 450 watts, même si le Tour dit «du renouveau» de 1999, au lendemain du
scandale Festina, marque un léger fléchissement. C'est l'année du premier titre
de Lance Armstrong. Mais le coureur américain n'est pas attaqué par les hommes
en forme d'alors, Ullrich et Pantani, absents de cette édition. Depuis lors,
les puissances réaugmentent de 7,5 % par an.
Si l'on
prend les fameux lacets de l'Alpe d'Huez, on verra ainsi que Pantani s'arroge
les trois meilleurs temps de l'histoire (en 1995, 1997 et 1994 dans l'ordre).
Il y développe des puissances de 461 watts maximum à 454 watts minimum. Mais le
coureur n'a jamais dépassé les 56 kg, un poids qui rappelle le gabarit d'un
Bahamontes, «l'aigle de Tolède», archétype des grimpeurs d'antan. Il est
pourtant talonné par Ullrich en 1997, plus replet à 73 kg, qui développe 448
watts dans l'ascension, puis par Armstrong (71 kg) à 442 watts en 2001. La
performance du Texan est d'autant plus spectaculaire qu'il sortait, lui, de la
Madeleine et du Glandon, deux cols mythiques, alors que l'étape gagnée par
Ullrich était moins fournie en difficultés quatre ans plus tôt.
Mettre la
gomme. Le
leader de l'US Postal, qui a su moduler son effort dans la montée d'Hautacam en
2000, à la poursuite d'Ochoa, ne met toutefois la gomme qu'en cas de besoin. Il
tourne à 410 watts quand Pantani démarre. Il monte alors à 557 watts et se
maintient à plus de 500 watts le temps nécessaire pour décrocher l'Italien. Il
relâche ensuite son effort en retombant à 430 watts jusqu'à ce qu'il rattrape
le groupe de Virenque. Il accélère alors au dessus de 460 watts pour déposer le
Varois. Puis lève le pied et laisse à Ochoa la victoire d'étape.
Rien ne dit
qu'Armstrong fera des temps exceptionnels en 2002, tant les costauds brillent
par leur absence. Il rêvait de gagner un quatrième Tour sans faire d'esclandre.
En gérant une avance contrôlée. Trois minutes valent mieux pour lui que trois
quarts d'heure. C'est plus discret .
(1) Librairie
Polar, 19,90 €. En vente sur le site www.polarfrance.fr