JO d'hiver
Trois fondeurs médaillés exclus pour prise d'un produit proche de l'EPO.
Par Dino DIMEO
Le lundi 25 février 2002
Salt Lake City envoyé spécial
Les Jeux propres? Non, mais pas trop sales non plus. Hier, trois fondeurs ont été convaincus de dopage, disqualifiés et exclus des Jeux olympiques d'hiver. Un Espagnol et deux Russes ont donc payé pour s'être remonté la santé à coup d'Aranesp, un produit apparenté à l'EPO. Le dopage, c'était un drôle d'enjeu pour Jacques Rogge, président du Comité international olympique. Elu en juillet, il dirigeait ses premiers JO. Il avait pronostiqué qu'à Salt Lake City, il y aurait une dizaine de cas positifs. Ni trop (plus, cela aurait terni l'image de l'olympisme), ni trop peu (moins, cela aurait signifié que le CIO ne faisait pas son boulot en matière de lutte antidopage).
Gros poisson. Mais, jusqu'à hier, le CIO n'avait pas grand-chose à mettre sous les fourches de sa lutte antidopage. Tout juste une obscure patineuse de vitesse biélorusse qui s'était soustraite à la contre-expertise. Les gros poissons ont donc été pêchés au dernier moment. En la personne du fondeur espagnol d'origine allemande, Johann Muehlegg, triple médaillé d'or (30 km, poursuite et 50 km), positif à un produit apparenté à l'EPO. Son cas s'est ajouté à ceux de deux fondeuses russes, Larissa Lazutina, vainqueur de sa sixième médaille d'or dans le 30 km d'hier, et Olga Danilova, déjà en or et en argent.
En milieu d'après-midi, et après avoir renvoyé cette fâcheuse annonce plusieurs fois, François Carrard, secrétaire général du CIO, flanqué de Arne Ljungqvist, président de la commission médicale, et du docteur Patrick Schamasch, directeur de la commission médicale du CIO, convoquaient un point presse extraordinaire pour donner les noms des trois athlètes tombés dans leurs filets.
Test inopiné. Muehlegg, qui fêtait en grande pompe la troisième médaille d'or de l'Espagne, samedi soir lors d'un dîner officiel, a dû tomber de sa chaise lorsque le coup de fil venu d'Espagne a annoncé la nouvelle. Le fondeur, 31 ans, transfuge de l'équipe d'Allemagne, avait déjà subi quatre tests sanguins diligentés par la Fédération internationale de ski (FIS), dont trois avant le départ du 50 km, et quatre contrôles urinaires estampillés CIO, un pour chacune de ses victoires et le dernier, inopiné, le 21 février, un jour où il n'y avait pas de course. C'est celui-là qui s'est révélé positif. Les deux fondeuses avaient été contrôlées deux jours auparavant. Lazutina après un taux d'hémoglobine supérieur à 16, et Danilova, suite à un contrôle inopiné diligenté par le CIO.
La nature du produit incriminé et retrouvé dans les analyses des trois athlètes est de l'Aranesp (novel erythropoiasis stimulating system), une substance mise au point par le laboratoire américain Amgen, qui ne figure pas sur la liste de produits interdits par le CIO tout en étant apparenté à l'EPO. En gros, c'est de l'érythropoiétine modifiée biochimiquement avec un avantage par rapport à l'EPO: sa durée d'action beaucoup est plus longue (49 heures pour une injection sous-cutanée). Un produit qui, selon Jordi Segura, membre de la commission médicale du CIO, était censé être indétectable, mais qui est maintenant facilement décelable par les laboratoires.
Indiscrétions. Hier à Salt Lake City, l'affaire a cueilli tout le monde au petit matin. Dans le hall de l'hôtel Little America, siège du CIO lors des JO, c'est la foire d'empoigne. A 8 heures du matin, Muehlegg a été entendu une heure et demie par la commission de discipline du CIO, présidée par l'Allemand Bach. Et les officiels de l'Olympe semblaient tous sur le pied de guerre depuis un moment. Les indiscrétions fusent dans le hall de l'hôtel de luxe. Juan Antonio Samaranch, le président sortant, glisse que les cas positifs sont au nombre de trois, sans révéler leur identité. Plus tard, Gianfranco Kasper, le président de la FIS, reste aussi vague sur le sujet. "Le cas de Muehlegg n'est rien comparé à ce qui se passe réellement", déclare-t-il benoîtement. Difficile de ne pas penser au scandale de l'équipe finlandaise à Lahti l'an dernier. Cette fois, cela ne touche pas une équipe seule. Juste un produit visiblement efficace devenu vite à la mode.
Disqualifiés de leurs courses respectives, les trois athlètes qui avaient été entendus la nuit précédente par la commission d'enquête du CIO puis au petit matin par la commission de discipline, ont été exclus des Jeux. Lazutina et Muehlegg avaient jusqu'à cette nuit 1 heure (heure française) pour rendre leurs médailles d'or. Reste pour eux à attendre la sanction que prendra la FIS, qui peut aller jusqu'à une suspension de deux ans. Leur seul recours: le tribunal arbitraire du sport (TAS).