|
«Les instances, malmenées à
Lille, obtiennent enfin justice. Je me réjouis de cette décision.»
Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France
|
|
Les
deux instances sportives cyclistes, l'UCI pour l'international et la FFC
pour la France, ont obtenu gain de cause hier devant la cour d'appel de
Douai (Nord) dans l'affaire Festina. Le procès de la généralisation du
dopage à l'EPO dans le peloton avait eu ses vedettes à l'automne 2000 au
tribunal de Lille. Du soigneur belge Willy Voët, par qui le scandale est
arrivé, condamné à dix mois de prison avec sursis, au très médiatique
Richard Virenque, finalement relaxé. Il avait aussi vu défiler sa cohorte
de parties civiles qui s'estimaient victimes, en termes d'image, de la
tricherie du dopage.
Le tribunal, en première instance, avait été plus que sévère avec elles,
refusant de leur accorder le franc symbolique qu'elles réclamaient. Pour
l'Union cycliste internationale, le jugement avait eu des mots cinglants,
accusant l'instance, pourtant bien informée du fléau, de «s'être
installée dans une quasi-tolérance du dopage», ne se souciant que d'en «limiter
les excès», et la taxant d'«immobilisme» en matière de
prévention. Pour les juges, l'UCI aurait ainsi laissé «se produire un
préjudice qu'elle pouvait empêcher».
Baume. En appel à Douai, le 21 novembre 2001, les conseils de
Hein Verbruggen, le patron de l'UCI, ont pris plus au sérieux leur
argumentation juridique. Ils ont donc réussi à convaincre le procureur
général à l'audience puis la cour, qui a rendu son arrêt hier après-midi.
Du baume au coeur pour une institution qui s'était sentie, sinon sur le
banc des accusés à l'audience lilloise, du moins sur la sellette.
Pour la Fédération française de cyclisme, le jugement de Lille rejetait
aussi le franc symbolique réclamé par la partie civile, tout en étant un
peu moins sévère. La Fédération française a pris «des initiatives plus
fortes contre le dopage, notamment en initiant le contrôle longitudinal»,
reconnaissait le jugement du 22 décembre 2000, qui ajoutait pourtant que la
FFC «a partagé avec l'UCI la passivité manifestée face au fléau».
L'arrêt de la cour d'appel de Douai lui reconnaît ne pas s'être tourné les
pouces, en clair d'avoir mené des actions antidopage à la hauteur de ses
moyens. La jurisprudence a, il est vrai, évolué entretemps. Déjà, lors du
procès du pot belge à Poitiers au printemps 2001, la FFC s'était portée
partie civile et avait obtenu avec satisfaction son franc symbolique.
«Changer d'air.» Les deux instances recouvrent donc leur honneur.
Mais pas la Société du Tour de France qui n'avait pas souhaité faire appel.
Cette troisième instance, organisatrice de courses cyclistes, avait aussi
été déboutée à Lille de sa demande de franc symbolique car, selon le
tribunal, elle connaissait «l'extension du dopage» et elle avait
malgré tout accepté que «ces épreuves se déroulent». Jean-Marie
Leblanc, directeur du Tour de France, était très satisfait hier. «Les
instances, malmenées à Lille, obtiennent enfin justice. Je me réjouis de
cette décision», a confié à Libération le directeur du
Tour, qui espère que l'appel favorable rejaillira sur la Société du Tour.
Un regret de n'avoir pas fait appel ? «Non, j'avais envie de me changer
d'air et de retourner à mes occupations cyclistes.» Ses fidèles
reconnaîtront là la grande «naïveté» du directeur du Tour, déjà fustigée
par le jugement Festina de première instance.
Deux comparses de l'affaire Festina avaient aussi fait appel du jugement
lillois. Jeff D'Hont, le soigneur de l'équipe Française des jeux, condamné
à neuf mois de prison avec sursis en première instance, et Nicolas
Terrados, le médecin de la formation espagnole Once, condamné, lui, à une
amende de 30 000 francs (4 573 euros). L'arrêt rendu hier confirme la
condamnation du soigneur de l'équipe de Marc Madiot mais relaxe en revanche
le médecin espagnol, contre l'avis du procureur général.
|