Les coureurs français ont eu du mal à suivre dans le Tour 2003
LE MONDE | 26.07.03 | 15h06
A la veille de l'arrivée finale à Paris, le bilan est maigre pour le cyclisme français : une victoire d'étape (Virenque), deux maillots jaunes éphémères (Nazon, Virenque) et une 8e place au classement général (Moreau). Les anciens Festina sont ceux qui s'en sont sortis le mieux.
Le Tour de France est allé trop vite pour les Français. Trop vite pour le premier d'entre eux, Christophe Moreau, qui avait laissé filer sept coureurs devant lui au classement général avant le contre-la-montre et la dernière étape, samedi et dimanche. Trop vite pour Carlos Da Cruz, qui, vendredi 25 juillet, à Saint-Maixent-l'Ecole, au terme de la deuxième étape la plus rapide de l'histoire centenaire de la Grande Boucle (50,185 km/heure), a cédé la victoire pour quelques centièmes de seconde à l'Espagnol Pablo Lastras. Trop vite pour que, samedi 26 juillet, le plus rapide des Français vienne troubler le duel final que devaient se livrer les fusées Armstrong et Ullrich dans le contre-la-montre entre Pornic et Nantes.
Bien sûr, Richard Virenque aura réussi à s'imposer à Morzine, lors de la 7e étape. Virenque aura également, tout comme Jean-Patrick Nazon, porté le maillot jaune pendant 24 heures, ce qui n'était plus arrivé à un Français depuis deux ans. Une victoire d'étape, deux maillots jaunes éphémères, une huitième place au général : samedi, à la veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées, le bilan français était maigre sur le plan individuel. Collectivement, il n'était pas meilleur : fdjeux.com avant-dernière, Crédit agricole 19e, la première équipe française - Brioches la Boulangère - n'apparaissant qu'en septième position, à environ 2 heures des Danois de la CSC.
"FINIR DANS LES 50 PREMIERS"
La raison : la vitesse du Tour du centenaire, qui, n'en déplaise aux organisateurs, qui n'ont eu de cesse de rappeler que ses moyennes étaient inférieures aux éditions précédentes, les a laissés sur place. C'est David Moncoutié, 13e et premier Français en 2002, qui le dit : "Cette année, c'est allé vraiment trop vite pour moi", explique simplement le coureur de Cofidis, qui pointait, samedi, à la 42e place à plus d'1 h 30 min de Lance Armstrong. "Ça allait vite tout le temps, en montagne, dans le plat, dans les contre-la-montre. Dans ces conditions, réussir à terminer le Tour est déjà une satisfaction pour moi", concède, perplexe, David Moncoutié, qui explique être pourtant arrivé sur le Tour aussi bien préparé qu'en 2002. "C'est la première fois que je ne prends pas de plaisir sur un vélo", reconnaît son coéquipier Cédric Vasseur, 98e, samedi, à près de 2 h 50 du maillot jaune.
"J'ai hâte que l'on soit à Paris pour arrêter de souffrir, implore presque Jérôme Pineau, 71e, à près de 2 h 10, le Tour a été ultra-rapide, extrêmement difficile." A 23 ans, le coureur de l'équipe Brioches la Boulangère, dont c'est la deuxième participation au Tour, ne cache pas sa déception : "Mon objectif était de finir dans les 50 premiers et de remporter une étape : je me suis vite aperçu que c'était inaccessible. Ce n'est pas dans mon caractère de faire les suiveuses, or j'ai dû m'y résoudre."
Pourquoi les Français en sont-ils réduits à se contenter de suivre, et somme toute d'assez loin ? Pour les organisateurs du Tour, c'est la faute à l'internationalisation du peloton : un Américain, un Allemand et un Kazakh aux trois premières places, il est fini le temps où l'on courait en bon voisinage franco-belgo-hollando-italo-espagnol. Selon Roger Legeay, directeur sportif de Crédit agricole, la réponse est plus abrupte : c'est le talent qui fait défaut. "Derrière Christophe Moreau, qui fait une bonne performance, il faut reconnaître qu'on ne voit pas de coureurs de talent capables dans un futur plus ou moins proche de courir pour une place dans les 10 premiers, et encore moins pour le podium", lâche-t-il. Sylvain Chavanel et Sandy Casar, qu'on présente depuis plusieurs années comme les deux grands espoirs du cyclisme français, pointaient respectivement à 1 h 24 et 3 h 15 du maillot jaune, samedi.
Voilà dix-huit ans que la France attend un successeur à Bernard Hinault. Et, depuis la deuxième place de Richard Virenque, en 1997, aucun de ses représentants n'est monté sur le podium. En fait, depuis l'affaire Festina du Tour 1998 et la mise en place en France d'une politique antidopage plus répressive, les Français n'ont plus de résultats. "Je crois qu'en France, beaucoup plus que dans les autres pays de culture cycliste, la peur du gendarme fonctionne sur les jeunes coureurs qui sont passés professionnels après 1998, estime Bruno Roussel, qui avait été condamné à un an de prison avec sursis pour son rôle à la tête de l'équipe Festina de 1993 à 1998. Ils ont pris conscience que doper c'était tricher ou mettre sa santé en danger et qu'ils risquaient de se faire sanctionner ou de perdre leur travail."
Christophe Moreau (8e), Richard Virenque (15e), Didier Rous (19e), Stéphane Goubert (30e) et Laurent Brochard (33e) : les Français les mieux classés au classement général du Tour du centenaire sont tous des anciens coureurs de Festina. Qu'en penser ? "Evidemment, c'est toujours très difficile pour des gens qui ont connu certaines mœurs d'en sortir, estime leur ancien mentor, mais je pense que, s'ils n'ont peut-être pas radicalement changé leurs habitudes, ils les ont tout de même modifiées."
Et Bruno Roussel de prendre la défense de ses anciens coureurs : "Même s'ils
se dopaient à cette époque, ils étaient tous des éléments doués et ce n'est
pas surprenant de les retrouver là. Aujourd'hui, ils maîtrisent mieux leur art
et ciblent mieux leurs efforts. Par exemple, le Richard Virenque de 1997-1998
n'aurait jamais concédé 9 minutes au lendemain de sa victoire à Morzine. Ce
qui me fait penser qu'ils ont peut-être arrêté ou réduit certaines pratiques."
Stéphane Mandard