Réflexions sur la mort subite

Il y avait eu dans les années 90 une série de morts subites chez des sportifs et l'on a su, par la suite, que cela coïncidait avec les premières manipulations sur l'EPO.

Aujourd'hui nous remarquons que depuis début 2003 apparaît une nouvelle série noire. Alors que penser de tout cela ?

Le dopage a sans aucun doute des liens avec certaines de ces morts et le professeur Escande a raison de s'inquiéter (voir article ci dessous), mais je crois aussi qu'il faut rechercher d'autres raisons.
Tout d'abord il y a des malformations: l'être humain parfait existe-t-il ? je n'en suis pas sûr: tout le monde a des imperfections et dans la majorité des cas celles ci ne sont pas connues car elles sont bénignes et invisibles. Et dans le cas du coeur cela peut s'avérer fatal.On peut aujourd'hui pratiquer des compétitions sans gros examens: un simple certificat médical suffit et ceci jusqu'à un niveau de pratique élevé. Si on veut aller plus loin on a ensuite droit à un électrocardiogramme: c'est bien mais c'est encore insuffisant. En général c'est proposé une fois que le pratiquant a franchi la trentaine.
Il faudrait que l'électrocardiogramme soit effectué dès le début de la pratique sportive et qu'il soit complété par une échocardiographie qui elle seule donne l'image du coeur. Ainsi en les pratiquant ensuite régulièrement, ces examens permettrait de suivre l'évolution du coeur et détecter des modifications non naturelles.

Ceci dit il y a un fait irréfutable: ces morts n'arrivaient pas auparavent ! Alors pourquoi maintenant ? Aujourd'hui les sportifs sont beaucoup plus exploités qu'avant: on les oblige à courir ou à jouer car c'est à l'argent de décider et non pas à l'athlète. Et bien que les sportifs soient beaucoup mieux préparés maintenant on est peut-être allés quand même trop loin: plus haut, plus vite, plus fort ???
Il y a aussi quelquechose d'autre à prendre en compte: les non sportifs! Car il faut savoir que la mort subite fait, dans notre pays, 50 000 victimes par an! Vous en aviez entendu parler vous? Je crois qu'il serait grand temps de s'intéresser à la chose et de savoir si ce chiffre augmente ou pas. C'est bien de parler de la mort de Marco Pantani pendant une semaine mais il y a aussi d'autres morts à élucider.

 

Les morts subites suscitent des interrogations chez les cardiologues

LE MONDE | 01.03.04 | 14h16

De nombreux sportifs de haut niveau sont décédés brutalement ces derniers mois. Les autopsies pratiquées ont conclu à des "morts naturelles", une explication jugée "insupportable" par le professeur Jean-Paul Escande, ancien président de la commission nationale de lutte contre le dopage.

Tombés au stade.

Le 26 juin 2003, le Camerounais Marc-Vivien Foé, 28 ans, s'écroule au cours du match qui oppose son équipe à la Turquie en Coupe des confédérations. Le 25 janvier 2004, l'attaquant hongrois du Benfica Lisbonne, Miklos Feher, 24 ans, connaît la même fin tragique lors d'un match du championnat de première division portugais. Deux semaines plus tard, le basketteur letton Raimond Jumikis, 23 ans, s'effondre sur le parquet de l'Akropol de Stockholm en pleine rencontre de ligue 1 suédoise. Ces derniers mois, les morts subites se sont multipliées sur les terrains. Coïncidence ? "Mort naturelle" par arrêt cardiaque, concluent les autopsies.

Selon un coéquipier de Raimond Jumikis cité par la presse suédoise, l'international letton souffrait d'une malformation cardiaque. L'autopsie pratiquée sur Miklos Feher a révélé une malformation congénitale du cœur. Quant à celle réalisée sur Marc-Vivien Foé, elle a conclu à une cardiomyopathie hypertrophique (CMH) : un cœur trop musclé. Cette affection congénitale, qui touche environ une personne sur 500 et se caractérise par un épaississement des parois ventriculaires, est, selon Pierre Legalery, cardiologue au CHU de Besançon, "la première cause de mortalité chez les sportifs qui pratiquent plus de 10 heures d'entraînement par semaine". Elle serait responsable de la moitié des décès d'origine cardio-vasculaires liés à la pratique du sport, estimés à environ 1 500 par an en France.

"L'arrêt cardiaque, précise Alain Cohen-Solal, chef du service cardiologie et maladie vasculaire de l'hôpital Beaujon, à Paris, survient quand la transition est brutale entre la phase d'effort - où la décharge d'énergie est maximale - et de récupération" et intervient, selon ce médecin, davantage dans "les sports où l'effort est intermittent comme le football, le basket-ball ou le tennis".

NÉGLIGENCES MÉDICALES ?

"Chez les personnes atteintes de CMH, le sport de compétition est proscrit et, en dehors de ce cadre, une activité sportive intensive est déconseillée", concluent les professeurs Philippe Charron et Michel Komajda dans l'Encyclopédie médico-chirurgicale.

Dès lors, les récentes morts subites sont-elles le résultat de négligences médicales ? A la suite du décès de Fabrice Salanson, coureur de l'équipe Brioches-La Boulangère mort à 23 ans d'un arrêt cardiaque dans son sommeil, le 3 juin 2003, à la veille du départ du Tour d'Allemagne, le parquet de La Roche-sur-Yon (Vendée) a ouvert une information judiciaire contre X... pour "homicide involontaire et mise en danger d'autrui" (Le Monde du 23 janvier). Un mois avant sa disparition, un bilan de santé avait fait apparaître un "électrocardiogramme anormal", mais n'avait pas entraîné de contre-indication à la pratique du sport intensif. "A partir des résultats de ce bilan auraient dû être pratiqués des examens complémentaires, telle une échographie du cœur, afin de détecter une éventuelle pathologie, (...) or, rien n'a été fait", regrette Didier Domat, l'avocat de la famille Salanson.

Car si un électrocardiogramme ne permet généralement pas de diagnostiquer une pathologie telle que la cardiomyopathie hypertrophique, elle n'échappe pas à l'échocardiographie. "Les fédérations vont devoir faire pratiquer des échographies cardiaques aux athlètes pour se couvrir de plus en plus", estime Pierre Legalery, qui constate que leur recours est encore loin d'être institutionnalisé selon les sports et le niveau de pratique. Reste que, si l'extension des échocardiographies peut permettre de détecter des pathologies cardiaques, la CMH n'explique peut-être pas tout.

"Je suis ulcéré par les explications données à la multiplication des morts subites, c'est insupportable de dire que c'est la fatalité, que ce sont des morts naturelles, affirme Jean-Paul Escande, le président de l'ancêtre du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage. "Ces morts sont les conséquences médicales du dopage de l'entraînement qui transforme l'organisme de façon considérable. Pourquoi refuse-t-on par exemple les études sur les effets de l'hormone de croissance sur le cœur du sportif ?, interroge le professeur. Parce qu'on ne veut pas savoir.

" Les spécialistes du dopage s'accordent pour reconnaître que l'administration d'hormones de croissance ou d'anabolisants peut entraîner, à moyen ou à long terme, des troubles pathologiques de l'appareil cardio-vasculaire. Chez un sportif déjà en proie à une malformation cardiaque, le cocktail peut être d'autant plus explosif.

HORMONES DE CROISSANCE

"Les stéroïdes et les corticoïdes ont un effet hypertrophique sur la taille du cœur, poursuit Alain Cohen-Solal, et l'autopsie ne permet pas de distinguer si l'épaississement de ses parois est dû à une myocardiopathie hypertrophique ou le résultat de la prise de produits dopants." Les examens pratiqués sur les corps des sportifs morts dernièrement n'ont cependant pas révélé la présence de substances dopantes. "Si les produits sont pris pendant l'entraînement, l'autopsie ne permet pas forcément de les retrouver", objecte Jean-Paul Escande. "Conclure à une cardiomyopathie hypertrophique règle le problème en disant : il n'y a pas eu de dopage, commente Alain Cohen-Solal. Mais en même temps, cela jette le doute sur les examens menés avant qui auraient dû la révéler."

Stéphane Mandard

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.03.04

 

10 sportifs professionnels morts en 8 mois