Editorial
Pipi de chat

Par Jean-Michel HELVIG Libération

mercredi 31 juillet 2002

Une brebis galeuse ne doit pas conduire à abattre tout le troupeau. Fût-ce au nom du principe de précaution. Les cyclistes qui ont bouclé le 89e Tour de France méritent respect et admiration. A commencer par l'Espagnol Flores, qui a fini lanterne rouge à 3 h 35 min 52 s de la fusée Armstrong, car il est bien plus difficile de résister jusqu'au bout à cette place que d'endurer son sort en tête. C'est un des sports les plus éprouvants que pratiquent ces professionnels du vélo, où la première qualité requise, le courage, ne s'achète pas.

Mais la découverte rocambolesque de produits dopants dans le coffre de voiture de l'épouse d'un coureur lituanien, troisième au classement final, vient déchirer le voile pudique qui avait recouvert les pratiques délictueuses antérieures du cyclisme et qui faisait dire aux commentateurs prompts à l'optimisme que ce tour fut «un des plus propres de l'Histoire». A l'appui de cette thèse, l'absence de contrôles positifs sur la centaine dont les résultats sont connus. Or, précisément, Raimondas Rumsas, par qui le scandale est revenu, a été contrôlé trois fois sans problème. Alors, ou bien la «belle-mère» du coureur est une sacrée sportive, puisque les produits dopants transportés lui auraient été destinés, selon les premières déclarations du couple, ou bien, pour dire les choses plus crûment, les contrôles officiels sont aussi inoffensifs que du pipi de chat.

Bien sûr, un bon avocat fera valoir qu'une mallette de produits pharmaceutiques interdits n'est pas une preuve en soi qu'elle a été ouverte. Il reste que l'affaire renforce ce que les spécialistes ne cessent d'expliquer : la détection du dopage a un peloton de retard sur la recherche de nouveaux produits, leurs combinaisons, voire ces nouvelles technologies qui font craindre à terme des organismes de sportifs génétiquement modifiés.

La parade est à chercher dans le renforcement des pouvoirs de l'autorité supranationale de régulation, sa capacité à être informée en temps réel des découvertes des laboratoires. Et bien sûr, aussi, dans une politique pénale cohérente et déterminée qui, plus que jamais, doit procéder de la volonté des Etats, confrontés au développement de nouveaux réseaux mafieux de trafiquants.