Un ciel toujours menaçant

Le cyclisme n'est pas sorti de la crise qui l'affecte depuis 1998. Épreuves de plus en plus difficiles à organiser, baisse des licenciés et, toujours et encore, l'ombre du dopage.

Des courses de plus en plus difficiles à organiser (Paris-Nice pour ne citer qu'un exemple), un nombre de licenciés qui s'étiole au fil des années plus particulièrement depuis cette fameuse année 1998, désormais synonyme d'affaire Festina.

Le cyclisme traverse une crise depuis que les affaires de dopage organisé ont éclaté au grand jour, à quelques heures du départ du Tour de France 1998 en Irlande ; que les procès se sont succédés ; que les descentes de police sont devenues monnaie courante dans le milieu ; que les tricheurs trichent toujours et que les " sorciers " peu scrupuleux, qui se font appeler médecins ou soigneurs, distribuent toujours leur camelote.

La récente (nouvelle) affaire Vandenbroucke a, une fois encore, éclaboussé le cyclisme qui se serait très bien passé de cet énième épisode d'un mauvais feuilleton de série B.

Toutes ces raisons font qu'on assiste à une baisse de crédibilité d'une discipline qui pensait avoir fait le ménage en balayant devant sa porte contrairement à d'autres plus enclines à s'enfouir la tête dans le sable, à la façon de l'Autruche ne voulant pas regarder le danger en face.

Pourtant, le cycliste est certainement l'athlète le plus surveillé et le plus contrôlé. Contrôle longitudinal durant toute la saison, prises de sang effectuées à l'improviste avant le départ d'une course… La panoplie des Messieurs antidopage est complète et désormais en compétition, ce sont des inconscients qui risquent de se faire prendre voire de se faire licencier sur le champ par leurs employeurs. Des inconscients qui continuent de salir leur sport et qui scient la branche sur laquelle ils sont assis.

Chacun connaît la liste des produits interdits. Nombreux sont les cyclistes professionnels à avoir signé une charte sur l'éthique sportive. En France principalement où la Fédération et le Ministère de la Jeunesse et des Sports ont été des pionniers en ce domaine.

Giro 2001 : rapport accablant
Sans vouloir écrire que tout est parfait dans notre hexagone et nébuleux ailleurs, il faut bien reconnaître que dans la "botte" italienne certaines odeurs sentent l'égout.

Pour preuve, le récent rapport rédigé par la magistrate Paola Cameran en charge du dossier du Tour d'Italie 2001 qui fut émaillé par une gigantesque descente de police à San Remo.

Les enquêteurs, en possession de 400 heures d'enregistrement audio et vidéo ont pu mettre en examen une soixantaine de personnes (coureurs, médecins ou soigneurs) pour infraction à la loi sur le dopage ou importation de produits pharmaceutiques interdits.

Un confrère italien a publié, début mars, les noms des mis en examen ainsi que les produits trouvés dans les chambres d'hôtel ou, pour Yvan Gotti, double vainqueur de l'épreuve, dans le camping-car de son beau-père toujours stationné aux abords des lieux d'hébergement.

Sans citer toute la pharmacopée, citons quelques produits : cafeine, insuline, testostérone, corticoïdes, corticostéroïdes, hormones de croissance, diurétique, anesthésiants, diprophylline (à base d'essence de térébenthine).

Ce même confrère a également publié quelques extraits des conversations enregistrées entre des coureurs et des médecins. " De quoi as-tu besoin ? " demande un toubib à son protégé : " d'un peu d'EPO et de Freamine (acides aminés) ", répond le coureur… L'art et la manière de faire ses courses pharmaceutiques en Italie.

Patrick ROSIER. La Nouvelle République du Centre Ouest