Dopage. Le tribunal de Rennes a infligé des peines d'une
sévérité inédite.
Les
lampistes du pot belge au trou
Par Blandine HENNION
vendredi 10
janvier 2003
«La peine est dans la ligne de la jurisprudence en matière de
stupéfiants. mais elle ne tient pas compte du contexte cycliste.» Me Jérôme
Stéphan
|
L |
'affaire Béon est-elle une banale histoire de
stups ou une nouvelle affaire de dopage dans le milieu cycliste, après le
procès Festina à Lille en 2000 et le procès du pot belge à Poitiers l'année
suivante ? Le tribunal de Rennes (Ille-et-Vilaine) a tranché hier en faveur de
la première solution, prononçant les peines les plus sévères jamais infligées
pour trafic de pots belges (cocktails de produits stupéfiants) à treize anciens
membres du milieu cycliste breton (Libération des 5 et 6 décembre 2002).
Suivant les sévères réquisitions du parquet, le tribunal a condamné Patrick
Béon, ancien coéquipier de Bernard Thévenet chez Peugeot dans les années 70, à
trois ans de prison dont un an ferme, comme Serge Degnati et Jean-Yves Verger,
les deux autres principaux prévenus. Philippe Tomasina, mécanicien de l'équipe
pro AG2R, a été condamné de son côté à trente mois de prison dont dix ferme.
Vincent Lavenu, son directeur sportif, l'avait exclu du Tour de France 2002 quand
sa mise en examen avait été rendue publique. Mais il avait maintenu son salaire
dans l'espoir d'une peine clémente. Hier, le mécano a été pris d'un malaise à
l'énoncé de sa condamnation, même si un régime de semi-liberté lui est accordé.
«Cette disposition n'est valable que s'il conserve son emploi», précise
son conseil Me Anne Denis. Or AG2R aurait décidé de le licencier depuis les
plaidoiries le mois dernier. L'avocate de Philippe Tomasina envisage de faire
appel.
Les
conseils des principaux condamnés étaient sur la même longueur d'onde. «La
peine est dans la ligne de la jurisprudence du tribunal en matière de
stupéfiants. Mais elle ne tient pas compte du contexte cycliste, ni de la
personnalité de mon client», s'insurge Me Jérôme Stéphan, qui fera appel de
la décision. Les neuf autres prévenus, anciens coureurs cyclistes, se sont vu
infliger des peines allant de quatre à dix mois d'emprisonnement avec sursis.
Le
tribunal a en revanche déclaré recevable la constitution de partie civile de la
Fédération française de cyclisme qui obtient son euro symbolique de dommages et
intérêts. «Une partie des faits reprochés aux prévenus ont eu lieu à
l'occasion de courses cyclistes», lit-on dans le jugement qui souligne que
douze des treize prévenus sont d'anciens cyclistes. Pourquoi dès lors n'avoir
pas tenu compte de la culture généralisée du dopage dans ce milieu cycliste
ainsi que des habitudes de «pots belges festifs» et autres rites
initiatiques ? L'avocat de Patrick Béon, dont le client était effondré hier à
Rennes, ne manquera pas d'interjeter appel aussi sur ce point paradoxal du
jugement. «Les peines prononcées hier sont beaucoup plus sévères que celles
du trafic de pot belge de Poitiers, alors même que les produits étaient plus
dangereux», poursuit l'avocat. A Poitiers, la Clé et la Bise, surnoms des
deux chefs du réseau, poursuivis pour un trafic équivalent de 300 pots belges,
avaient écopé de trente mois de prison dont vingt-sept avec sursis, une peine
qui couvrait la seule prison préventive.
Le
procès de Rennes laisse un goût d'inachevé. Si l'amende douanière est limitée à
60 000 euros, les fournisseurs belge et néerlandais du trafic n'ont pu être
poursuivis. Restent donc les lampistes, bien vite rejetés d'un milieu qui
s'accommodait fort bien, à l'arrivée du Tour de France ou aux championnats du
monde, de ces trafiquants de l'ombre.