05/03/2002 - 16:05

Actu Interview

 

 Christophe Ceccaldi : «La santé passe au second plan»

 

La résurrection de Fabrice Santoro en finale du tournoi de Dubaï conduit à se poser certaines questions sur la récupération des joueurs de tennis. Christophe Ceccaldi, l’un des deux kinés de l’équipe de France de Coupe Davis, apporte quelques éléments de réponse.
Ecrivez à l'auteur !par Fabian Frydman   
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Comment expliquer au commun des sportifs, qu’un joueur puisse être à la limite du malaise un jour, puis au mieux de sa forme dès le lendemain comme Santoro à Dubaï?
Fabrice était victime de la chaleur, il a joué sa demi-finale à neuf heures du soir avec un fort taux d’humidité. Derrière il a été pris de vomissements qui ont favorisé la déshydratation classique. On a été obligé de l’hospitaliser pour lui administrer des perfusions de glucose. A partir de ce moment, le corps humain a fait son travail. Pour la finale, Fabrice n’était pas à 100% de ses capacités, mais comme il n’a pas un jeu forcément très physique, mais plutôt fait de malice et de contres, il a su profiter des opportunités qui lui étaient offertes.

Pourtant cette faculté de récupération est assez étonnante, et l’on est amené à se poser des questions quant à la présence de produits dopants sur le circuit…
Sincèrement je pense que non! En ce qui concerne les Français c’est certain, un gars comme Fabrice est un sportif totalement propre. Je n’ai aucun doute à son sujet, et personne ne peut en avoir! En ce qui concerne les étrangers, je ne peux pas m’engager, mais à partir du moment où l’on respecte les contrôles, qui sont tels qu’ils sont, il n’y a pas de raison.

Que vous inspirent les dernières déclarations de Mary Pierce qui reconnaît, une fois de plus, avoir absorbé de la créatine, et quels sont les risques pour l’athlète?
La créatine est une substance qui favorise le gain de masse musculaire et aux Etats-Unis ou en Australie, elle est en vente libre et on en trouve dans les supermarchés. En France, c’est un produit totalement interdit, on ne peut pas s’en procurer. Mary a une mentalité anglo-saxonne, elle en prend, elle va en reprendre, c’est son choix, mais actuellement aucune publication prouve son effet nocif dans la limite d’une consommation normale. A partir du moment où les joueurs font des contrôles des reins, du foie tous les trois mois et en prennent de manière suivie, ça n’a pas l’air de créer de dégâts sur l’organisme. Seulement, aucune étude sérieuse n’a été faite sur le problème!

A l’instar de Correa en début de saison, on voit que les cas de dopage détectés viennent souvent d’Amérique du Sud. Est-ce selon vous un problème de suivi des fédérations?
Il faut savoir que le tennis professionnel n’est pas sous la coupe des fédérations, les joueurs n’ont même pas besoin d’avoir de licence dans leur pays, il suffit d’avoir des points ATP. A la limite, les fédérations peuvent les suspendre, mais ils peuvent continuer à jouer sur le circuit. Seuls l’ATP ou l’ITF, pour les grands chelems, peuvent prendre des sanctions. Le joueur fait ce qu’il veut et tout dépend du pays où il a été pris. En France, la loi est très sévère, la mise en place du suivi longitudinal offre aux plus jeunes une protection médicale.

Au regard de l’état de fatigue de certains joueurs, le calendrier est-il fait pour favoriser un sport propre?
Non, les épreuves se succèdent et les sommes mises en jeu incitent les joueurs à enchaîner les matches. On est toujours tenté de courir à droite et à gauche pour prendre un maximum d’argent, de points et de notoriété. A partir de là, la santé passe au second plan. Maintenant, c’est à eux de résonner à long terme pour organiser des phases de préparation, de jeu et de repos. Mais au départ, c’est très difficile de se projeter dans l’avenir, une carrière peut si vite s’arrêter! Seuls les tennismen d’un certain niveau peuvent mettre en place des programmes cohérents, sans dérive, sans exhibition. S’ils veulent vraiment aller au bout c’est une tentation au dopage