Tour 2003

Malgré les bonnes intentions de Jean-Marie LEBLANC qui nous dit tous les ans que la moyenne élevée du peloton est due au vent favorable, nous avons de plus en plus de mal à croire à sa version.
5 ans depuis l'affaire Festina et 5 ans durant lesquels la moyenne du Tour n'a pas subit le fléchissement que l'on pouvait espérer après le soit disant arrêt du dopage généralisé. En effet, après avoir été mis au courant de tout ce que les coureurs se mettait dans le buffet, on pouvait légitimement penser que l'arrêt de ces pratiques donnerait un coup de frein énergique au peloton. Mais il n'en est rien. On peut donc avoir des doutes sur la véracité des discours officiels.
On peut réellement affirmer que certains ont effectivement levé le pied sur ces préparations et sont revenus dans le droit chemin, par contre on peut aussi dire que d'autres continuent toujours de tricher et tout cela en mettant gravement leur santé en jeu.

Vous trouverez ci-dessous:

- les analyses techniques d'Antoine VAYER dans Libération sur les étapes de montagne de ce Tour 2003 et vous vous rentrez compte qu'effectivement il y a quelque chose qui cloche dans ce peloton.
- les comptes rendus du journal Le Monde sur la moyenne élevée de ce Tour.
- la réaction de Christophe Bassons sur ce Tour.

 

Les Alpes à la vitesse d'une moto?
Bizarre...

L'analyse des performances dans ces étapes nous hisse au sommet de la perplexité.

Par Antoine VAYER, jeudi 17 juillet 2003

Chaque exploit et chaque athlète peuvent être rapportés à un indice de performance (le watt, unité de puissance). Ce qui, vu les puissances développées par les uns et les autres, peut rappeler, d'une certaine manière, la cylindrée d'une moto. Tout comme un et un font deux, d'une manière toute aussi mathématique et avec une marge d'erreur inférieure à 5 %, on peut donc disséquer et quantifier les performances à vélo, surtout en montagne (1). Dans une telle comparaison, voici donc les différentes catégories qui habitent le peloton du centenaire et leurs performances à mi-parcours, avant d'aborder les Pyrénées.

Mettre les gaz. En fin d'étape de montagne difficile, le ventre mou du peloton évolue avec des 300-400 W. C'est déjà très bien et disons, possible. Le club des exceptionnels (indice 400 à 420) est beaucoup plus restreint. Ces cyclomoteurs font jaser et font des envieux. S'il faut être riche pour faire partie du club des inhumains qui possèdent des plus de 420, au-delà de 450, c'est du rêve américain ou espagnol. On a pu, l'an passé, démasquer Armstrong et son potentiel fait de «retenue». Pendant quatre minutes, sur la montée finale du col de la Plagne, il a mis les gaz un coup pour rire. Il a rejoint Carlos Sastre, échappé, avec un magnifique 485 tout neuf. Il s'est trahi. Cela revenait à pouvoir suivre un cycliste roulant à 10 km/h sur une montée de 10 % de dénivelé en moyenne mais avec 100 kg sur le porte-bagages. La puissance calculée de son moteur et l'étude publiée des temps limites permettent d'affirmer qu'il aurait pu, s'il avait voulu, battre le record de cette montée qui appartenait à Indurain en 45' 40". Tout comme il aurait pu, en 1999, battre au pied levé le record du monde de l'heure sur piste quand il prit son booster 455 pour rouler à 54 km/h de moyenne lors du long contre-la-montre de Mulhouse en fin de Tour. Indurain, c'est cet athlète espagnol de 80 kg qui pétaradait sur les cols avec un plus de 500, prêté par son docteur Sabino Padilla. Il a gagné cinq Tours en régnant sur les célèbres années biotechnologiques «1990».

Avec ces méthodes scientifiques d'observation, on savait aussi pour Rumsas, étudié au Tour de Catalogne qui précédait le Tour 2002, que ce coureur «comète» pouvait évoluer dans la «cour des grands» avec parfois un beau 450. Les chiffres détectent et préviennent. A moins, comme OEdipe, de regarder les choses de loin et de haut, en s'empêchant de voir celles qui sont proches. Ces jours-ci, nous avons assisté à la traversée des Alpes la plus rapide (en vitesse moyenne) de toute l'histoire du Tour ! Iban Mayo, en 39' 09" est devenu au sommet de L'Alpe d'Huez, le 9e performeur de tous les temps de cette montée mythique, avec sa 422, à 2' 20" du célèbre Pantani, recordman en 1995, équipé alors d'une 461.

Poignée en coin. Mayo a l'excuse d'avoir roulé toute la journée «la poignée en coin» lors de l'étape de cols, dont le Galibier et le Télégraphe, à 36,755 km/h ! Cela après un Lyon- Morzine à 37,782 km/h et un Le Bourg-d'Oisans-Gap à 36,655 km/h le lendemain. Avant le Tour 2003, seules neuf étapes sur des parcours de ce calibre (longue, haute montagne avec au moins un col hors catégorie) ont été disputées à plus de 36 km/h de moyenne. Cela en fait déjà trois cette année.

Parmi les protagonistes d'un tel record, il faut bien sûr, citer Richard Virenque. Vainqueur samedi dernier à Morzine, il a retrouvé sa Mobylette débridée de la grande époque, appelée «chouchou». La même, à peu de chose près, mais repeinte avec l'émail belge de la «Davidamiton». Il peut, sans fatigue et ponctuellement, comme c'est la mode, à nouveau partir de très loin avec son 375 qui n'a aucun raté, même sur cinq heures à plein régime pendant 180 km. Exactement le même «vélomoteur» dans le col de la Ramaz 2003 qu'à Courchevel en 1997 alors qu'il courait chez Festina. Il avait mis alors sa victoire sur le compte du trèfle à quatre feuilles qu'il gardait dans sa poche. Il avait aussi mis 100 000 francs sur un autre compte, bancaire, celui d'Ullrich pour qu'il le laisse gagner (l'Allemand possédait alors un superbe 500 à amortir)(2). Cette année à Morzine, il finit seul, ce qui rehausse encore la qualité de l'essence de son engin relooké. Stéphanie, son épouse, a dit qu'elle le savait, «parce que, le matin de l'étape, une coccinelle s'était posée sur le guidon du petit vélo de son fils».

Un autre qui n'a pas changé, c'est David Montcoutié. En «suivant sans initiatives» l'an passé avec un excellent 385 non trafiqué, il avait fini 13e du Tour et premier Français. Un exploit. Il ne renouvellera pas sa place bien qu'il n'ait pas changé de monture et qu'elle soit toujours aussi bien réglée. Car il y a beaucoup plus de propriétaires de 410 bien préparés dans les stands «entraînement» du Tour. Les Rumsas, Botero, Gonzalez de Galdeano et Sevilla ont été remplacés par Vinokourov, Mayo, Zubeldia, Laiseka, Cauchiolli, Moreau, etc. Et dans la Ramaz, plus de trente coureurs avaient un 400 après 200 km de course ! Comme une grande concentration de bécanes qui suivent le rythme de l'US Postal dont les motocyclettes sont toutes les mêmes. Des quatre temps américaines 400-430 diesels neuves.

Certains sont frustrés. Simoni, par exemple, a dû ne pas pouvoir importer la 455 qui lui a permis de gagner le Tour d'Italie cette année. Aux frontières, on ne badine plus. D'autres persévèrent, comme l'Américain, Tyler Hamilton. En effet, il prouve que point n'est besoin de deux bras disponibles pour conduire un bon 400, assis sur la selle. Il suffit d'accélérer avec la main disponible.

Dragster. Alors du côté de Lance Armstrong, on gère. Comme si Petacchi avait abandonné pour lui laisser son dragster 1200, préparé par le docteur Ferrari, et utilisé lors de ses quatre sprints victorieux. Lance est fin pilote. Sa moyenne actuelle au Tour est cependant déjà prodigieuse à mi-course : 41, 632 km/h. Record à battre 40,276 km/h, un record qui date de 1999 et qui lui appartient. Reste à penser que vidange et niveaux auront été faits pendant la journée de repos. Il suffira de bien regarder après les quatre étapes des Pyrénées, si ces mythes nous abusent toujours.

(1) Frédéric Portoleau et Antoine Vayer expliquent leur méthode dans Pouvez-vous gagner le Tour ? Editions Polar, 2002.
(2) Tour de vices, Bruno Roussel, Hachette 2001.

 

Stupéfiants records dans les Pyrénées

Les temps des cols mythiques ont été explosés et pas seulement par les leaders

Par Antoine VAYER, mercredi 23 juillet 2003

Professeur de sports et entraîneur, Antoine Vayer, 40 ans, dirige AlternatiV, une cellule de recherche d'entraînement à Laval (Mayenne). Et chronique le Tour pour Libération.

Perplexes après l'analyse de la traversée des Alpes la plus rapide de toute l'histoire (Libération du 17 juillet), nous attendions avec crainte les Pyrénées. Et nous sommes sidérés. Les athlètes cyclistes nivellent encore leurs performances vers le haut. Jusqu'où ? Comme si les années EPO and Co n'avaient pas existé. Jugeons plutôt.

C'est sûrement la moyenne horaire historique de la première étape pyrénéenne de 198 kilomètres à 37,45 km/h qui a fait échouer Ullrich à 13 secondes du record de Laiseka, au final du plateau de Bonascre. Le lendemain, sur six cols, l'Allemand pédale encore allégrement le cul vissé sur sa selle à 34,62 km/h derrière Virenque. Une force phénoménale pour celui qui est un des derniers purs produits d'ex-Allemagne de l'Est. «Biologique», disait Richard son dauphin en 1997. Ce dernier nous a d'ailleurs resservi son show sur son vélo «chouchou» dans un plan merchandising. Tout comme Gilberto Simoni, le vainqueur de Loudenvielle qui a enfin pu faire passer la frontière à «Coco», sa machine italienne. Tout ça pour une journée after Giro, entre potes.

Faisons aussi les comptes après la victoire d'Armstrong dans le troisième volet du triptyque sur les hauteurs de Luz Ardiden à plus de 35 km/h de moyenne. Il reste une étape de montagne, un contre-la-montre et trois étapes de plat avant Paris. Nous prédisons au bas mot une moyenne générale à 40,65 km/h pour le Tour du centenaire. Soit près de 0,5 km/h de plus que le record de l'épreuve. A moins bien sûr que le proviseur Jean-Marie Leblanc ne sermonne collégialement ses élèves trop doués pour les faire ralentir. Mais ceux ci sont turbulents.

Records. On mettait sur le compte de ces moyennes inconnues le fait qu'aucun record n'ait pu être battu dans les Alpes. C'était pour rire, les coureurs s'y reposaient. Avec les mêmes vitesses constantes dans les massifs jouxtant l'Espagne, terre promise, nos guerriers ont fait «péter» les temps des cols mythiques de Peyresourde, du Tourmalet et de la montée de Luz. Rien que cela. Vinokourov et Mayo, en 31' 10" à plus de 24 km/h sur une pente à 7 %, ont battu de plus de 3' le meilleur temps de Livingstone sur Peyresourde. Livingstone, c'est cet autre Américain prématurément disparu du circuit, comme tant d'autres comètes, ex-équipier de Lance.

Le Tourmalet, la montée biblique, a eu aussi sa dose. Sept secondes de mieux pour un nouveau record en 39' 43" par Ullrich, Armstrong, Mayo et Zubeldia. Avant, c'était 39' 50" par Pantani, le plus rapide grimpeur des années 1994-1998 et du siècle, lors d'une étape au coût énergétique équivalent. Ce dernier sort d'un récent séjour en hôpital psychiatrique, tout comme Jimenez, son alter ego espagnol qui détient, lui, presque tous les records de la péninsule ibérique.

Le «boss» Armstrong, la star du catch américain à vélo, n'est pas en reste. Il explose la montée de Luz Ardiden de 1' 47" malgré une chute (même pas mal !) et un déchaussement de pédale. Mais dans son sillage, sept coureurs sont allés plus vite que Laiseka et Indurain, les ex-meilleurs performeurs. Même Pantani au temps de sa splendeur oxygénée aurait fini à 2' 24" dans une étape équivalente. Mais les records en temps suivent les records d'audience.

Puissances. On mesure aisément et précisément les puissances du pédalage en watts, l'unité de valeur (les «chevaux» du moteur). Si on rapporte ces mesures à un cycliste étalon de 70 kg, Vinokourov et Mayo, avec 445 watts, ont développé en fin d'étape à Peyresourde l'équivalent de la puissance qui lui aurait permis de rouler à 54 km/h sur du plat dans un long contre-la-montre par vent nul. Performance exceptionnelle typique des années folles, tout juste dépassée par Armstrong, Riis, Indurain, Pantani dans leurs meilleurs jours.

Mais le niveau d'ensemble de la puissance de ceux qui suivent immédiatement (soit une quinzaine de coureurs) est aussi extrêmement élevé. Et c'est nouveau. Pour des exploits de groupe par com paraison supérieurs aux meilleures ascensions de L'Alpe-d'Huez en 1995 et 1997.

Armstrong va mieux qu'en 2002. Il programme ses étapes. Théoriquement, il est impossible sans jouer à l'imbécile d'avoir une telle différence de rendement entre son dernier contre-la-montre à Cap Découverte et sa montée de Luz. D'ici que, juste pour le «fun», il ne remporte le Tour qu'avec 7'' d'avance rien que pour embêter Fignon et ménager le suspense... A 30 ans, Vinokourov est aussi épatant de progression en watts. Ullrich, sans faire d'exploits infernaux comme à Arcalis en 1997, est bien au niveau de son sacre d'antan. Moreau, le meilleur Français, pousse allègrement sur les pédales 80 watts de plus que pendant sa période Festina.

Il n'y a plus de «cas isolé». En 2002, seul Lance avait développé en montagne une puissance moyenne au-dessus de 415. Cette année, ils sont six, les six premiers du classement général, qui développent une puissance située entre 416 et 423 watts en moyenne. Du jamais vu. Pour terminer à la dixième place du Tour en 2003, il faut développer en montagne une puissance moyenne de 400 watts. Une valeur qui était largement suffisante pour gagner le Tour jusqu'en 1992-1993. Alors que l'EPO était déjà là chez certains.

Les cinq meilleurs Français au classement général sont placés entre la 8e et la 32e place. Ils ont 33,5 ans de moyenne d'âge et sont tous issus de la Dream Team Festina de 1997. Entre eux, il y a les poissons pilotes d'Ullrich, Plaza (21e) et Garcia Casas (22e) et aussi Dufaux (20e), issus de la même génération et de la même célèbre équipe andorrane. Faut-il attendre la génération de leurs fils pour voir du sang neuf ?

Losers. Les autres coureurs de l'Hexagone restants (une vingtaine), semi-valides et silencieux, sont principalement placés après la 90e place, entre 2 h 30 min et 3 h 30 min de retard sur le leader du Tour. Un joli «gruppetto» de losers. On en vient à penser comme Cabu qu'il faut dépénaliser le sport, pour une France qui gagne. Plus sérieusement, il faut que ceux qui ont tué le vélo en épousant le Tour de France optent pour un véritable moratoire d'un an, afin de se donner les moyens de détecter les produits indécelables qu'ils connaissent. Ils sont au courant.

 

Le peloton a battu son record de vitesse sur la Grande Boucle
LE MONDE | 28.07.03 | 13h47
La moyenne s'est élevée à 40,940 km/h

Jamais, au grand jamais, les coureurs n'auront roulé aussi vite qu'en cette année du centenaire. Dimanche 27 juillet, à l'issue de la vingtième et dernière étape, la direction du Tour de France a publié le chiffre sans ciller : la moyenne du Tour 2003 s'établit à 40,940 km/h. Le Tour le plus rapide de l'histoire, autrement dit. Lance Armstrong et ses poursuivants ont pédalé plus vite que lors du premier de ses cinq succès (40,276 km/h de moyenne, en 1999), qui restait jusqu'à dimanche le plus véloce des Tours.

L'Américain détient même dorénavant cinq des six records de la catégorie. Depuis Marco Pantani en 1998 et sa "petite" moyenne, 39,983 km/h, Lance Armstrong a déjà battu par trois fois ce record de vitesse. "Pourquoi faudrait-il en rester aux moyennes de Louison Bobet et de Jacques Anquetil ?", s'étonne le directeur du Tour. "Dans le cyclisme, on ne se prépare plus comme le faisaient Anquetil ou Hinault, précise le directeur général du Tour. Il y a aussi le facteur mécanique, matériel. A cela s'ajoutent enfin l'état des routes et le vent favorable. Il est donc parfaitement logique que l'on roule plus vite qu'il y a dix ou quinze ans.

UN COMMUNIQUÉ OUTRÉ

Si le Tour est allé si vite, grâce en soit rendue au ciel, qui s'est occupé à sa manière de célébrer le centenaire. "Vent favorable tout du long", selon Jean-François Pescheux, directeur de la compétition, canicule "propice à la vitesse", selon Jean-Marie Leblanc : "On n'a pas eu de pluie cette année, argumente-t-il dans Le Journal du dimanche du 27 juillet, or on roule plus vite sur le sec, non ?" Si, sûrement. Sauf pour samedi, lors du contre-la-montre entre Pornic et Nantes, où les coureurs ont peut-être eu le vent de dos, mais ils ont aussi essuyé une violente pluie et une route tout le contraire de sèche.

Avant sa chute, l'Allemand Jan Ullrich avait bouclé les 32,5 premiers kilomètres à la moyenne effarante de 56,9 km/h. "Les contre-la-montre sont plus courts qu'autrefois", raisonne Jean-François Pescheux, directeur des compétitions à la Société du Tour de France. Pourtant, si Jan Ullrich n'était pas tombé, jamais une étape chronométrée ne se serait courue aussi vite. Pas même les prologues de quelques kilomètres disputés alors que les coureurs n'ont pas encore plus de 3 000 kilomètres dans les jambes.

Avec son "ridicule" record du monde de l'heure de 1994 (53,040 km), l'Espagnol Miguel Indurain, autre quintuple vainqueur du Tour, aurait terminé au-delà de la 10e place, samedi, à Nantes.

La controverse sur les conditions atmosphériques rapportées aux performances cyclistes aurait cependant pu être reléguée au second plan de cette course du centenaire, surtout si la direction du Tour de France n'avait cherché à démentir avec zèle toute information répercutant un possible excès de vitesse sur les routes du Tour. Ainsi, lorsque Antoine Vayer, fondateur d'AlternatiV, une structure de recherche et d'entraînement pour athlètes de haut niveau à Laval, a évoqué, le 23 juillet, dans Libération, des vitesses records, Amaury Sport Organisation (ASO) s'est fendue d'un communiqué outré.

Au contraire, ont expliqué les organisateurs du Tour, chiffres à l'appui, il y a bien longtemps que le Tour n'est pas allé si lentement ! Sur l'antenne de RTL, mardi 22 juillet, le directeur de L'Equipe et un ancien journaliste radio aujourd'hui embauché par ASO ne se sont pas privés de relayer l'information selon laquelle "le Tour finalement n'irait pas si vite que cela".

En 1999, Jean-Marie Leblanc affirmait à propos du dopage : "J'ai dit aux coureurs qu'il fallait que la compétition cycliste redevienne une affaire d'hommes, et non pas de robots." Il avait raison : les hommes vont plus vite.

Olivier Zilbertin • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.07.03

 

Un Tour trop vite ?
LE MONDE | 28.07.03 | 14h06 • MIS A JOUR LE 28.07.03 | 16h08

Le cinquième succès consécutif de l'Américain Lance Armstrong restera comme le plus difficile à obtenir, le plus incertain, le plus intelligemment construit aussi, tant le Texan a dominé ses adversaires du haut de son expérience plus que de sa classe pure. Les mémorialistes retiendront également que le Tour 2003 fut parmi les plus haletants et les plus spectaculaires de l'histoire : déshydratations dues à la canicule, chutes de tous les principaux leaders, veines et déveines pour Lance Armstrong, fair-play de son adversaire principal, Jan Ullrich, et suspense garanti jusqu'au bout, à la veille de l'arrivée à Paris.

Réussite sportive indéniable, le Tour 2003 aura ravi les spectateurs, toujours aussi nombreux sur les bords des routes, les diffuseurs, qui ont battu des records d'audience, et les partenaires, qui se félicitent de voir la Grande Boucle prendre un caractère international, à l'image d'une Coupe du monde de football ou d'un grand tournoi de tennis.

Spectaculaire, la course l'aura également été par le rythme auquel elle fut menée pendant trois semaines. Le Tour 2003 est le plus rapide de l'histoire. Jamais la moyenne horaire de l'épreuve - calculée selon la moyenne réalisée par chacun des vainqueurs d'étape - n'avait été aussi élevée : 40,94 km/h. Lance Armstrong et ses suivants ont roulé plus vite en 2003 qu'en 1999, plus vite qu'en 1997, l'année précédant le "scandale Festina", qui avait révélé l'étendue du recours au dopage dans le peloton, et notamment l'usage de l'érythropoïétine (EPO), une hormone qui facilite le transport d'oxygène dans le sang.

Face à ce constat, deux possibilités. L'une, optimiste : les coureurs du Tour 2003 ont souvent bénéficié de conditions climatiques idéales et du vent dans le dos - c'est l'hypothèse retenue par les dirigeants de la Société du Tour de France. L'autre, pessimiste : ils ont trouvé des parades pour contourner les contrôles antidopage, un réflexe aussi vieux que le sport cycliste. Le recours aux transfusions sanguines pourrait être l'une de ces parades. L'utilisation de produits notoirement indécelables lors des contrôles, tels les hormones de croissance, pourrait fournir une autre solution aux tricheurs.

Les résultats des contrôles diligentés par l'Union cycliste internationale (UCI), jalousement conservés par-devers elle, ont tous été négatifs. Le ministère des sports et le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) ont également effectué des contrôles urinaires, dont une partie portait sur la recherche d'EPO. Un seul coureur, dont le nom et l'équipe n'ont pas été communiqués, en attendant les résultats de la contre-expertise, a présenté un hématocrite (taux de globules rouges) anormalement élevé. Un seul cas de dopage présumé, le premier depuis 2001, c'est peu.

Mais les organisateurs du Tour de France auraient tort de se cacher derrière leur optimisme de façade pour croire que ce cas unique témoigne de l'assainissement des pratiques médicamenteuses du peloton.

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.07.03

 

Le Tour de France s'est-il assagi?
LE MONDE | 25.07.03 | 14h00 • MIS A JOUR LE 25.07.03 | 14h58

Entretien avec Christophe Bassons, ancien coureur professionnel : "Depuis 1998, on parle de renouveau sur le Tour de France, mais rien ne bouge"
Bordeaux de notre envoyé spécial

Christophe Bassons a raccroché le vélo à 27 ans, en 2001. Parce qu'il avait osé dénoncer le dopage, Lance Armstrong lui avait suggéré, lors du Tour 1999, de quitter le peloton. Il confie ce que lui inspire aujourd'hui son ancien milieu.

Pensez-vous que les pratiques que vous condamniez ont changé ?
Je garde un avis très réservé. Je ne peux pas affirmer qu'il n'y a pas eu de changements, car je ne suis plus dans le milieu, mais j'observe que les anciens figurent toujours dans le peloton et j'ai du mal à imaginer qu'ils aient changé leurs mentalités et qu'ils aient renoncé à initier les jeunes à leurs pratiques. Depuis 1998, on parle sans cesse de renouveau, mais rien ne bouge. Les performances sur le Tour sont toujours aussi impressionnantes. On retrouve toujours les mêmes aux premières places : Armstrong et Ullrich. Quant aux Français les plus en vue, ce sont les anciens de Festina : Richard Virenque, Christophe Moreau, Didier Rous...

Désespérez-vous de voir un jour les "mentalités" du peloton évoluer ?
Le problème est que ceux qui veulent que les pratiques changent sont très peu nombreux. Les directeurs sportifs des équipes sont tous des anciens coureurs qui ont eux-mêmes couru selon les mêmes règles et qui n'ont pas envie que les choses changent. En revanche, des jeunes arrivent avec des dispositions différentes, mais les personnes qui les encadrent sont malheureusement les mêmes. Les enjeux étant identiques, je ne crois pas qu'ils puissent parvenir à résister.

Comment inverser la tendance ?
Un coureur italien avait dit un jour que le seul moyen d'assainir le milieu professionnel serait d'arrêter toute compétition pendant cinq ans : ça a fait rire tout le monde. Il faudrait pourtant repartir avec des personnes nouvelles, car le dopage est une pratique ancrée dans le cyclisme. Certains clubs formateurs ont développé de bons projets, mais, dès que les jeunes accèdent au haut niveau, ils craquent.

Pourquoi êtes-vous venu assister au passage du Tour à Bordeaux ?
Je suis seulement venu pour voir l'ambiance et je ne me suis pas rendu sur la ligne d'arrivée. Je ne rêve pas du tout quand je vois le Tour passer, je le regarde comme un spectacle.

Vous arrive-t-il de regretter la vie de coureur professionnel ?
Pas du tout. J'ai arrêté parce que je n'avais plus l'envie ni la motivation. J'ai juste eu un brin de nostalgie cette année au moment de Paris-Roubaix, car c'était une course que j'aimais beaucoup. J'ai autre chose dans la vie, une famille, un travail - à la direction régionale des sports. Je n'ai plus aucun contact avec le milieu.

Propos recueillis par Stéphane Mandard • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.07.03