LE MONDE | 01.06.02 | 11h31
"cela
ne sert à rien de s'acharner." Nul doute que cette petite phrase du
procureur François Franchy, responsable de la section "lutte contre la
criminalité organisée non financière" au parquet de Paris, ira droit au
cœur de Lance Armstrong. Il est désormais acquis qu'un terme va être mis à
l'"affaire US Postal", comme on a pris coutume de l'appeler depuis le
22 novembre 2000, date de l'ouverture d'une enquête par le parquet de
Paris visant indirectement l'équipe cycliste américaine et son leader pour "infraction
à la loi relative à la prévention de l'usage de produits dopants, incitation à
l'usage de produits dopants et infraction à la législation sur les substances
vénéneuses".
"Cela sera
terminé bientôt", déclare Francois Franchy, selon lequel "il ne faut pas
s'attendre à une clôture avant juillet"et le départ du Tour de France.
"Je ferai
en sorte que le dossier soit clôturé pour l'automne au plus tard", assure le procureur.
Aucune nouvelle analyse ne sera diligentée
sur les échantillons d'urine et de sang des coureurs de l'US Postal que la
justice s'était fait communiquer par l'Union cycliste internationale (UCI) au
printemps 2001. Il y a quelques semaines, invités à venir remettre leurs
dossiers médicaux au professeur Gilbert Pépin, responsable du laboratoire
d'expertise judiciaire Toxlab, les coureurs de l'US Postal ont refusé de faire
le déplacement. "Tant qu'il s'est agi de communiquer des prélèvements,
pourquoi pas, mais, là, comme il n'y a aucune charge précise contre eux, il n'y
avait aucune raison de leur faire un sort discriminatoire par rapport aux
autres coureurs", argumente Me Georges Kiejman, défenseur de la
formation américaine.
SACS EN
PLASTIQUE SUSPECTS
Les faits visés par
l'enquête instruite par la juge Sophie-Hélène Château remontent au
18 juillet 2000, sur le Tour de France. Une équipe de France 3 avait
filmé des hommes à bord d'une voiture immatriculée en Allemagne qui avaient
chargé plusieurs sacs en plastique à l'hôtel où résidait l'US Postal,
avant de s'en débarrasser dans une poubelle sur une route départementale.
Incapables d'établir le potentiel caractère dopant des produits trouvés dans cette
poubelle, les reporters de France 3 n'avaient pas diffusé leur sujet.
C'est une
dénonciation anonyme adressée au procureur de la République de Paris,
Jean-Pierre Dintilhac, qui avait conduit le parquet à ouvrir, le
18 octobre 2000, une enquête préliminaire confiée à la brigade des
stupéfiants.
Elle révélera que
la poubelle contenait des emballages d'Actovegin, un produit à base de sang de
veau. Destiné aux personnes souffrant d'insuffisance artérielle, ce médicament
permettrait une meilleure oxygénation du sang sans augmenter l'hématocrite
(taux de globules rouges). S'il n'est pas répertorié dans les substances
interdites par l'UCI, l'administration de sang, globules rouges, transporteurs
artificiels d'oxygène ou produits sanguins apparentés est en revanche formellement
interdite.
"L'Actovegin
figurait dans la liste des médicaments qu'US Postal avait soumis aux autorités
françaises avant de venir sur le Tour et que celles-ci avaient acceptés", rappelle Me Kiejman, qui
se déclare satisfait de la perspective d'un non-lieu : "Il n'y a
pas de raison que cela dure." "Cela ne sera pas un non-lieu
franc", relativise François Franchy, qui évoque un dossier qui va "s'achever
en queue de poisson". "Nous avons avancé sur une présomption de
dopage, mais nous ne sommes pas parvenus à identifier un produit",
souligne le procureur, qui dit avoir conscience que les clés pour détecter
certaines molécules, récemment mises sur le marché, ne sont pas encore
disponibles. "Nous sommes bloqués. Nous n'avons pas de moyens de
coercition", ajoute-t-il, précisant que, "dans ce dossier,
Lance Armstrong ne risquait de toute façon pas de mise en examen".
Philippe Le Cœur
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.06.02