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La France a retrouvé des skieurs d’excellence, au terme
d’une saison endeuillée par l’accident mortel de Régine Cavagnoud : l’or en
descente femmes et en slalom messieurs, deux médailles d’argent en slalom,
tous les descendeurs en première série. Sans les contre-performances en
slalom géant, la fête aurait été complète.
Les Jeux de Salt Lake City ont été un succès et le bilan tricolore
d’ensemble plus qu’honorable, avec onze médailles un record, et deux podiums
de plus qu’à Nagano mais encore loin de la razzia allemande avec les
trente-cinq médailles glanées par nos voisins d’outre-Rhin.
L’invité de dernière heure de ces Olympiades a hélas été
le dopage et son nouveau produit miracle, la darbépoïétine alfa, nouvel
avatar de l’EPO mais dix fois plus puissant quant à l’oxygénation
artificielle du sang. Trois concurrents et non des moindres ont été exclus
des Jeux, au dernier jour de la compétition, et privés de leurs médailles,
dont le germano-espagnol Johann Mühlleg (qui a changé de nationalité après un
conflit avec sa fédération), triple vainqueur olympique en apparence.
Sanction identique pour la fondeuse russe Larissa Lazutina,
ainsi que sa compatriote Danilova, interdites de départ dans le relais
femmes. Lazutina a été déclassée du 30 kilomètres classique, épreuve la plus
exigeante, qu’elle avait remportée quelques jours plus tard, les Russes
criant au scandale et menaçant de se retirer de toutes les compétitions.
Pourquoi ces trois athlètes, convaincus de dopage, conservent-ils les
médailles gagnées avant leur contrôle urinaire de dernière heure ? Une
décision d’un juridisme étroit, quand les chimistes soulignent l’effet retard
de la darbépoïétine… que les tricheurs n’ont pas ingurgitée pour être en
pleine forme à la seule cérémonie de clôture.
Les résultats sportifs de la quinzaine ont concentré les
médailles sur quelques individualités à un degré jamais atteint : les quatre
titres du biathlon pour le norvégien Björndalen, certes star de sa discipline
alors que c’est le Français Raphaël Poirée (une médaille d’argent et une de
bronze “seulement”) qui mène en coupe du monde, sur l’ensemble de l’année ;
tout l’or du combiné nordique (trois titres dans des compétitions alternant
saut à skis et ski de fond) pour le Finlandais Sampa Lajunen, à seulement
vingt-deux ans. Des performances a priori “propres”, mais étonnantes. On
comprend mal pourquoi il a fallu attendre les Jeux de Salt Lake City pour
confondre la Russe Lazutina, alors qu’elle totalise dix-sept médailles et
podiums mondiaux au fil des années en ski de fond ! Les autorités sportives
auront-elles le cran de faire le ménage ?
En saut à skis, une nouvelle étoile est née : le suisse
Simon Ammann, vingt ans, surnommé “Harry Potter” et double médaille d’or dans
une discipline où le mental fait la différence, puisque auparavant c’est
l’allemand Sven Hannavald qui avait remporté les quatre titres de la tournée
des quatre tremplins. Quant au patinage, s’il a justement consacré le couple
de danseurs français Anissina-Peizerat, les polémiques sur la notation des
juges ont tourné au lynchage médiatique orchestré. Le nouveau système annoncé
de cotations, moins byzantin, sera le bienvenu, sans que le public ne doive
pour autant désigner l’ordre des podiums au seul applaudimètre.
Formidable cas de longévité, le norvégien Kjetil André
Aamodt a remporté deux titres à Salt Lake City, en combiné et en super géant,
et sept médailles olympiques dans sa carrière de champion polyvalent. Le
doublé français de Jean-Pierre Vidal et de Sébatien Amiez en slalom messieurs
constitue en revanche une superbe première, rappelant le palmarès français
historique des Jeux de Grenoble, où Jean Claude Killy et Guy Périllat
avaient, dans l’ordre, remporté l’épreuve de descente.
Une miraculée devenue extraterrestre.
Reine des Jeux, la croate Janica Kostelic a attiré les
superlatifs. A seulement vingt ans, elle s’octroie trois médailles d’or et
une d’argent dans les disciplines féminines de ski alpin. Palmarès
époustouflant, succédant à ses huit victoires consécutives dans les slaloms
de la coupe du monde de l’an dernier. Un “ski d’homme”, se sont exclamés
certains commentateurs éberlués. De quoi amorcer une rumeur bien
désobligeante, en l’état des contrôles médicaux. Souvent blessée aux genoux
et au dos, Kostelic passait pour une miraculée du ski féminin. Elle en est
aujourd’hui l’extraterrestre.
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